“Migration 1" nous montre une série d’épaves de voitures en différentes positions, en différents états de décomposition, et qui n’ont en commun que d’être désespérément perdues.
Le décor est systématiquement un désert ; je ne sais pas lequel et je ne pense pas que cela puisse avoir une quelconque importance.
Au lieu de montrer la désolation de déchets de notre société de consommation dans un paysage immense, Nussbaumer plante hardiment les voitures au premier plan. L’infini de l’espace naturel est repoussé au loin.
De plus, une lumière artificielle éclaire les épaves, ce qui crée une tension entre le naturel et le factice. Le photographe insiste tant sur cet aspect que nous regardons une photographie, et non la réalité.
Il ne crée pas une atmosphère, mais nous invite à réfléchir.

Des ambivalences ou antithèses comparables nous sont montrées par “Les Glorieuses”, une série de stations-service abandonnées telles que l’on peut en rencontrer dans la France profonde - et ailleurs.
Elles sont misérables, écaillées. Certaines ont même disparu, et ne sont reconnaissables (ou dois-je dire, peut-être, imaginables?) qu’à la faveur de quelques traces subsistant à la surface des parcelles désagrégées. Qui interrompt ici son voyage pour faire le plein ou pour se reposer, s’est trompé d’adresse."


Leo Jansen, Conservateur du Département Peintures au Musée Van Gogh d'Amsterdam.
François NUSSBAUMER
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